13 mars : Peut-on désirer la guerre ?

,

Amis du général, bonjour !

Le nom de votre enseignement va très bien avec la fin de votre message, consacrée à la guerre. C’est à ce sujet que nous avons réfléchi cette semaine. En classe, nous avons lu un texte de Victor Hugo intitulé L’Enfant. Victor était jeune quand il a écrit ça : seulement 25 ans. Dans son poème de 36 vers, que vous trouverez facilement en ligne, il est donc question d’un enfant. Celui-ci reste seul sur l’île grecque de Chio, dévastée par la guerre menée par les Turcs. La personne qui raconte l’histoire demande à l’enfant quelle jolie chose il pourrait lui donner pour atténuer sa peine : une fleur, un fruit ou un oiseau ? Et l’enfant répond… (spoiler alert !)

Le tableau reproduit ci-dessus a été peint par Eugène Delacroix – un artiste cité par votre prof – plus ou moins à la même époque que le poème écrit par Hugo. Apparemment, l’invasion de la Grèce par l’Empire ottoman avait énormément choqué les gens au début du XIXème siècle, il y avait même des jeunes qui s’engageaient pour aller combattre. Delacroix a réalisé une allégorie, son tableau s’intitule La Grèce sur les ruines de Missolonghi. On y voit « une femme dont la poitrine dégagée souligne qu’elle est sans défense, les bras largement ouverts, comme pour montrer la désolation qui l’entoure, les mains vides et sans armes, les jambes fléchies et appuyées sur les ruines ». Mais on ne va pas vous citer toute la notice wikipédia, vous lirez par vous-même 🙂 Mention spéciale pour le détail bien glauque du bras qui dépasse des ruines à l’avant-plan…

Ce tableau est reproduit dans un article de la revue L’Histoire intitulé « Peut-on désirer la guerre ? » (janvier 2017) Bon, on va un peu arrêter avec les références culturelles pour vous donner notre avis personnel sur la réaction de l’enfant dans le poème. Vous l’avez lu maintenant ? Tant pis si ce n’est pas le cas, car on vous le dit : l’enfant veut uniquement se venger. Et nous, on trouve qu’il a raison. Parce que c’est un enfant, qu’il était chez lui, qu’il n’avait rien demandé, et voilà que maintenant tout est saccagé, détruit, il n’a plus rien… Impossible de faire comme si rien ne s’était passé. Or qu’est-ce qu’on lui propose ? De la beauté pour le consoler… Normal qu’il refuse : la beauté ne sert à rien. Il faut agir et se venger.

D’un autre côté, la vengeance en appelle d’autres, et on s’installe dans un cycle sans fin. OK, c’est normal de vouloir se venger, mais si ça ne sert à rien, ou pire, si ça aggrave les choses, pourquoi le vouloir quand même ? Pourquoi toujours plus de violence ? C’est tragique cette histoire. Et puis, l’enfant ne va rien résoudre tout seul. Même s’il est armé, c’est combat perdu d’avance. Donc finalement, on n’est plus tout à fait sûr qu’il faille se venger, on est assez partagés… Et vous ?

Dans toutes les religions, on met l’accent sur le pardon. Ainsi, dans le christianisme, Jésus dit que si l’on se fait frapper sur la joue droite, il faut tendre l’autre joue. Et quand il est sur la croix, il dit en s’adressant à Dieu : « Pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ». Est-ce que ça veut dire que si l’on se venge on n’est pas chrétien ? On n’est pas très à l’aise avec cette idée de toujours tout pardonner pour être en accord avec les principes de sa foi, qu’en pensez-vous ? Bon, il est vrai que dans l’Ancien Testament, il est marqué « œil pour œil, dent pour dent » (loi du talion), et donc là, la vengeance semble autorisée…

D’accord avec vous pour dire que si les femmes veulent aller à l’armée, qu’elles y aillent. Mais en discutant de ça au cours, où l’on avait déjà consacré du temps à parler des guerres mondiales à l’occasion du 11 novembre et du 27 janvier, on s’est rendu compte qu’il fallait bien faire la différence entre les guerres offensives et défensives. La Belgique, qui a presque 200 ans, n’a jamais fait que se défendre, et d’ailleurs le ministère en charge de l’armée s’appelle bien la « Défense ».

Donc, pour revenir à notre titre, peut-on désirer la guerre ? Disons que comme pour la vengeance, on le peut mais on ne le devrait pas. Qu’en pense l’élève parmi vous qui « trouve que mourir au combat au nom de son peuple et de sa nation est un magnifique exemple de patriotisme » ? Ça nous a un peu étonnés quand même… Mais bon, la semaine passée c’était chez nous les « 100 jours », c’est-à-dire la journée où on n’a pas cours pour marquer la fin qui s’approche de notre dernière année scolaire (vous avez ça aussi chez vous ?) Et bien vous savez ce qu’on a fait le matin qu’on a vraiment bien aimé ? Du paintball… Autrement dit, on a joué à la guerre 😀

Allez, bonne semaine !

PS : on n’oublie pas le petit cadeau décoratif qu’on vous avait promis, de la part des menuisiers. Mais hélas, ils n’ont plus trop le temps en ce moment… Soyez patients !