20 mars : Hélas ! ayons des buts, mais n’ayons pas de cibles (Victor Hugo, Le Crapaud)

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(Image pour illustrer un court-métrage belge qu’on n’a pas vu mais qui sera peut-être bientôt montré en classe 🙂 https://www.cinergie.be/film/vengeance)

Bonjour chers collègues de 6ème !

C’est un plaisir de vous retrouver après une semaine sans passerelle.blog. Nous n’avons pas eu cours, notre prof était en formation. En regardant votre image de la semaine passée, on a pensé à une cible : était-ce voulu pour nous parler de la vengeance ? C’est en tout cas sur ce thème qu’on a continué à réfléchir.

La vengeance, ça dépend de chacun. De son vécu, de ses valeurs. Par exemple, l’un d’entre nous a voulu se venger de son père quand il a appris que celui-ci faisait du mal à toute sa famille, qu’il manipulait et trompait. Cet élève a peut-être mal agi en adressant à son père des menaces physiques, mais au moins il y a eu ensuite séparation, ce qui a protégé tout le monde. Était-ce de la vengeance ou de la légitime défense ? Qu’aurait-il fallu faire ?

Il y a des moments où c’est impossible de ne pas réagir. Dans les cas de harcèlement, on encaisse, on encaisse… jusqu’à ce qu’on n’encaisse plus. C’est valable aussi pour les témoins. Il y a des années, l’un de nous faisait du foot dans une équipe où il y avait un petit nouveau qui était harcelé. Il en parle à l’entraîneur qui ne fait rien, genre c’est normal car le nouveau doit apprendre… « J’avais 9 ans, et quand j’ai vu que plusieurs avaient pissé dans la gourde du nouveau, j’ai pris la bouteille et je l’ai lancée sur ceux qui avaient fait ça. À l’époque, j’étais peut-être un gamin de merde, mais en tout cas j’ai toujours détesté l’injustice ».

Un autre élève de notre classe vient d’Afghanistan, il est arrivé avec sa famille en Belgique en 2021. Il a vraiment beaucoup de choses à raconter sur sa jeunesse dans un pays en guerre, où il vivait en grand danger, sans perspectives d’avenir. Il a vu des gens de son entourage se faire tuer, des filles et des femmes privées de tous leurs droits. Et donc, des raisons de se venger, il en a plein. Mais pour lui, il vaut mieux oublier, ou en tout cas laisser ça derrière lui pour vivre le présent et le futur dans son nouveau pays, en sécurité.

Merci pour vos refs, qui nous parlent. On ne connaissait pas Malcom X, et on est mitigés sur ce qu’il avance, sur le fait de réagir ou pas par la force, la violence. Intéressant en tout cas d’apprendre qu’il existe une autre manière que celle de Martin Luther King de lutter pour ses droits. Il ne faut pas se laisser faire, ça c’est clair. L’un d’entre nous a vu Le Comte de Monte Cristo et a bien aimé ce film. La vengeance est compréhensible dans cette histoire. Un ego surdimensionné ? Pas vraiment, ou alors pour jouer un rôle.

Pour la cancel culture, on est sceptiques aussi. Va-t-on vraiment arrêter de passer à la télé des films avec Depardieu ? Parfois, comme pour Nekfeu, on ne sait plus qui croire, que croire… On est attachés à la présomption d’innocence, et on trouve qu’il faut bien faire la différence entre les œuvres produites avant et celles après les faits supposés. C’est une question d’argent aussi : est-ce que l’agresseur présumé en gagne ou pas quand son ancien film ou son ancienne chanson est diffusée ?

Nos 100 jours, on a trouvé ça génial. D’habitude on ne fait jamais rien, par manque de moyens. Merci aux profs qui ont organisé ça. Chez nous, il y a de chouettes rapports entre les profs et les élèves, avec de fortes personnalités de part et d’autre, et du respect pour ceux qui préfèrent être plus discrets. On a aussi un pull rhétos, mais avec moins de choix que vous pour le customiser. C’est bien que vous puissiez floquer le vôtre.

Les activités créatives à l’école pour finir. Il n’y en a pas vraiment chez nous. On fait des choses manuelles, mais le but n’est pas que ce soit « créatif ». Dans le cadre de notre formation, on doit avant tout obéir aux consignes, on n’a pas trop de marge. On n’a pas vraiment de point de comparaison en fait. L’un d’entre nous était jusqu’en deuxième secondaire dans une école dite à pédagogie active, où il y avait pas mal d’activités créatives. « C’était chouette mais je n’ai pas assez de recul pour dire si c’était profitable ou pas pour moi. Je suis venu en professionnel parce que je sentais que dans le général ça n’allait pas très bien, et que peut-être j’y étais mal préparé. Cela dit, je fais un peu des trucs créatifs chez moi, comme découper des formes dans des planches pour les coller sur des bûches. Ça donne bien et je l’ai offert à mon père. »